Radiographie · Épisode 2
On radiographie les immeubles — Clamart

157 bis, avenue Jean Jaurès

31 DPE publics à cette adresse — les logements vendus ou loués récemment, donc diagnostiqués. Tous portent sur le même immeuble : même chaufferie collective au gaz, même réseau d'eau chaude, même bâti. Pourtant, d'un DPE à l'autre, ces caractéristiques partagées ne sont pas décrites pareil : la chaudière est dite tantôt « à condensation », tantôt « classique », datée de six âges — et l'immeuble a cinq tailles différentes. Voici ce que ça change d'un voisin à l'autre.

13 en D 12 en E 5 en F 1 en G— immeuble ancien, chauffage gaz

Flo, diagnostiqueur — certifié depuis 2007, 18 ans de terrain. Analyse à partir des données publiques ADEME, vérifiables par numéro de DPE.

1 L'immeuble

Un chauffage et une structure partagés

Au 157 bis avenue Jean Jaurès, à Clamart, 31 DPE publics — les logements vendus ou loués récemment, donc diagnostiqués — portent sur le même immeuble : même chaufferie collective au gaz, même réseau d'eau chaude, même bâti, même année de construction. Ce sont des caractéristiques communes à tout l'immeuble : elles devraient être décrites de façon identique d'un logement à l'autre. C'est là que ça coince — pas sur le niveau des classes, qui est cohérent pour un immeuble de cet âge.

2 Les DPE d'un coup d'œil

Un immeuble ancien — et des données partagées qui divergent

Côté classes, rien d'anormal : c'est un immeuble ancien, tout le monde est en D, E, F ou G — normal pour ce bâti (les autres lots, non diagnostiqués, n'ont pas de DPE public). Ce qui l'est moins, c'est que des caractéristiques communes à l'immeuble soient décrites de plusieurs façons : la chaudière (21 « à condensation » / 9 « classique »), son âge (six époques), la surface de l'immeuble (cinq valeurs). Résultat : deux logements au réel identique peuvent être comptés différemment.

Ce ne sont pas des accusations : ce sont des données publiques, vérifiables par numéro de DPE. Et un DPE, ça se corrige.

3 Incohérence n°1 — la chaudière

Une chaudière, neuf DPE qui la disent « classique »

Sur les 31 DPE, 21 décrivent la chaufferie « à condensation » (le consensus) et 9 la disent « classique ». C'est pourtant la même chaudière pour tout l'immeuble. Décrite « classique », elle est comptée comme moins performante — et ces neuf logements sont pénalisés, souvent d'une classe.

C'est quoi, une chaudière à condensation ?

Une chaudière classique laisse partir la chaleur des fumées par le conduit. Une chaudière à condensation récupère cette chaleur : elle consomme moins pour le même confort, donc note mieux. Depuis 2015, c'est la norme d'installation — une chaufferie collective posée récemment est presque toujours à condensation.

4 Incohérence n°2 — l'âge de la chaufferie

La même chaufferie, datée de six époques

Selon les DPE, la chaufferie a été installée « après 2015 » (le consensus)… mais aussi « 2001-2015 », « 1986-2000 », « 1981-1985 », et même « avant 1981 ». Six âges pour un seul équipement. Une chaufferie collective a pourtant une seule date d'installation : quand elle n'est pas documentée sur place, chacun l'estime — et l'estimation la plus ancienne compte la chaudière comme peu performante, ce qui fait plonger le logement. Personne n'a mal fait : l'immeuble est mal documenté.

Pourquoi l'âge compte ?

À modèle inconnu, la méthode estime le rendement d'une chaudière d'après son époque. « Avant 1981 » = rendement supposé faible = note tirée vers le bas ; « après 2015 » = chaudière moderne. Des âges multiples pour une même chaufferie signent des saisies par défaut ou non mises à jour après remplacement.

5 Incohérence n°3 — la taille de l'immeuble

Le même immeuble, cinq surfaces différentes

C'est l'incohérence la plus parlante : selon les DPE, l'immeuble mesure entre 2 439 et 5 083 m² — pour le même bâtiment (consensus : 2 877 m²). La surface d'un immeuble est pourtant unique : là encore, faute d'un relevé partagé, chacun l'a estimée différemment. Et ce n'est pas un détail : quand un logement est généré à partir du DPE de l'immeuble, cette surface sert d'assiette — un écart ici fausse toutes les consommations réparties.

Pourquoi la surface de l'immeuble change tout ?

Les consommations collectives (chauffage, eau chaude) sont réparties entre les logements au prorata des surfaces. Si la surface totale de l'immeuble est saisie trop petite, la part comptée à chaque logement gonfle — et la note se dégrade, sans qu'un seul kWh n'ait été réellement consommé en plus.

6 Incohérence n°4 — l'eau chaude

Un réseau d'eau chaude décrit de plusieurs façons

Le réseau d'eau chaude est lui aussi commun à l'immeuble, et pourtant les DPE ne s'accordent pas : sur son bouclage (bouclé, non bouclé, avec traceur chauffant) ni sur son isolation (isolé pour la majorité, « non isolé » pour une douzaine de logements). Décrit non isolé, il est compté comme une perte — encore une donnée partagée qui devrait être identique pour tous.

C'est quoi, le bouclage ?

Dans un immeuble, l'eau chaude circule en boucle pour arriver chaude au robinet sans attendre. Bien isolée, cette boucle perd peu ; mal isolée (ou non renseignée), elle est comptée comme une perte. Comme la chaudière, c'est un équipement partagé : il devrait être décrit de la même façon pour tout l'immeuble.

7 Ce que ça change

Chaque logement compté comme son voisin

On ne dit pas que l'immeuble « devrait » être mieux classé — vu son âge, ces classes sont cohérentes. Ce qu'on dit, c'est que deux logements au réel identique doivent être comptés sur les mêmes données. Aligner la chaudière, son âge et la surface de l'immeuble sur ce qui est réellement documenté, c'est remettre les logements tombés sur la version défavorable au niveau de leurs voisins — sans le moindre travaux.

Méthode : analyse des 31 DPE publics de l'adresse (open-data ADEME) via notre outil d'audit d'immeuble, qui compare logement par logement les données d'un même bâtiment (chaudière, âge de la chaufferie, surface immeuble, eau chaude). Les écarts cités sont des faits, vérifiables par numéro de DPE. Nous ne recalculons pas ici chaque logement au moteur 3CL (cela demande le fichier complet de chaque DPE) : on ne promet aucun gain de classe chiffré sur cet immeuble — seulement la mise en cohérence des données partagées entre logements.

8 Et le vôtre ?

Votre logement est peut-être dans le même cas

Cet immeuble n'a rien d'exceptionnel — des données « au pire » se cachent dans des milliers de DPE. Entrez votre adresse : en deux minutes, vous voyez si le vôtre est peut-être sous-noté, et la classe qu'il pourrait atteindre.

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