Du C au F, dans la même copropriété. Tout le monde partage le même chauffage collectif — mais il n'est pas décrit pareil d'un DPE à l'autre. Et c'est ce qui peut faire bouger votre lettre.
Flo, diagnostiqueur — certifié depuis 2007, 18 ans de terrain. Analyse à partir des données publiques ADEME, vérifiables par numéro de DPE.
Aux Ulis, la résidence les Millepertuis regroupe plusieurs bâtiments raccordés au même chauffage collectif (un réseau de chaleur de ville) et au même réseau d'eau chaude. Chauffage, eau chaude, structure : ce sont des caractéristiques communes à l'immeuble — elles devraient être décrites de la même façon d'un logement à l'autre. C'est là que ça coince.
Sur les 120 DPE publics : 32 en C, 67 en D, 10 en E, 4 en F. Côté classes, rien d'anormal en soi : un immeuble des années 1970 s'étale légitimement du C au F, parce que chaque appartement est différent (étage, surface, exposition). Ce qui l'est moins : les données partagées — le chauffage, la taille de l'immeuble — sont décrites de plusieurs façons. Et ça, ça bouge la lettre.
Ce ne sont pas des accusations : ce sont des données publiques, vérifiables par numéro de DPE.
105 DPE décrivent un réseau de chaleur (le chauffage de ville qui alimente la résidence). Mais 6 le décrivent « chaudière gaz » ou « fioul » — pour le même immeuble. Le chauffage est pourtant unique et partagé : quand il n'est pas documenté sur place, chacun le renseigne comme il peut, et la note se calcule alors sur une base différente.
C'est un chauffage de ville : une centrale chauffe de l'eau et l'envoie dans tout le quartier. La résidence n'a pas de chaudière à elle : elle est raccordée. Le décrire comme une « chaudière gaz » individuelle, c'est décrire un autre système — et calculer autrement.
Les tuyaux qui amènent la chaleur sont décrits « isolés » sur 75 DPE… et « non isolés » sur 32. C'est le même réseau pour tout le monde. Or un réseau isolé perd peu de chaleur (meilleure note) ; décrit « non isolé », il est compté comme une perte. Selon la case cochée, votre lettre bouge — sans que rien n'ait changé dans votre logement.
Entre la centrale et votre radiateur, la chaleur voyage dans des tuyaux. Bien isolés, ils perdent peu ; mal isolés (ou renseignés « non isolés »), la perte est comptée et pèse sur la note. C'est une caractéristique du réseau commun : elle devrait être identique pour tous.
Selon les DPE, l'immeuble mesure de quelques dizaines à plusieurs dizaines de milliers de m², et compte de 33 à 48 logements — pour le même bâtiment. Faute d'un relevé partagé, chacun l'a estimé différemment. Et ce n'est pas un détail : cette taille sert à répartir la consommation collective entre les logements. Une taille fausse, c'est une part faussée — donc une lettre faussée.
Le chauffage et l'eau chaude sont collectifs : la consommation totale est répartie entre les logements, au prorata des surfaces. Si la surface totale saisie est fausse, la part comptée à chaque logement est fausse — et la lettre se dégrade, sans qu'un seul kWh n'ait réellement été consommé en plus.
Même chose pour l'eau chaude, elle aussi commune : son bouclage (bouclé, non bouclé, avec traceur) diverge sur des dizaines de DPE, et le volume du ballon partagé va de 500 à 3 000 litres selon les diagnostics. Autant de caractéristiques partagées qui devraient être identiques pour tout l'immeuble.
On ne dit pas que l'immeuble « devrait » être mieux classé — vu son âge, ces classes sont cohérentes. Ce qu'on dit, c'est que deux voisins au réel identique doivent être comptés sur les mêmes données partagées — le vrai chauffage, le réseau réellement isolé, la vraie surface de l'immeuble. Les réaligner, c'est compter chaque logement comme son voisin, pas au hasard de la saisie.
Méthode : analyse des 120 DPE publics de l'adresse (open-data ADEME) via notre outil d'audit d'immeuble, qui compare logement par logement les données d'un même bâtiment. Les écarts cités sont des faits, vérifiables par numéro de DPE. Nous ne recalculons pas ici chaque logement au moteur 3CL (cela demande le fichier complet de chaque DPE) : on ne promet aucun gain de classe chiffré — seulement la mise en cohérence des données partagées entre voisins. Personne n'a mal fait : l'immeuble est mal documenté.
Un chauffage collectif décrit différemment d'un DPE à l'autre, ça se cache dans des milliers d'immeubles. Entrez votre adresse : en deux minutes, vous voyez votre lettre et ce qui la compose.
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