Radiographie · Épisode 1
On radiographie les immeubles — Maisons-Alfort

2-4-6 rue Carnot

40 logements. Une seule et même chaudière collective. Et pourtant, sur les DPE publics, six d'entre eux sont notés plus sévèrement que les autres — jusqu'à E. Voici pourquoi, et ce que ça change.

34 cohérents (C) 5 notés D 1 noté E

Flo, diagnostiqueur — certifié depuis 2007, 18 ans de terrain. Analyse à partir des données publiques ADEME, vérifiables par numéro de DPE.

1 L'immeuble

Une grande copropriété, un chauffage partagé

Au 2-4-6 rue Carnot, à Maisons-Alfort, une quarantaine de logements se partagent la même chaufferie collective au gaz. C'est le point de départ de toute l'analyse : quand le chauffage et l'eau chaude sont communs à l'immeuble, la plupart des logements devraient obtenir une note d'énergie très proche. Les écarts, eux, viennent surtout de l'étage, de la surface… et de l'information disponible le jour du diagnostic.

2 Les DPE d'un coup d'œil

34 logements bien classés. 6 notés plus sévèrement.

C'est la « radiographie » de l'immeuble : la grande majorité ressort en C. Mais six logements décrochent — cinq en D, un en E — alors qu'ils partagent la même chaufferie que les autres.

Ce ne sont pas des accusations : ce sont des données publiques, que n'importe qui peut retrouver par le numéro de DPE. Et un DPE, ça se corrige.

3 Incohérence n°1 — la chaudière

La même chaudière, décrite de deux façons

Dans l'immeuble, la chaufferie est décrite « à condensation » sur une vingtaine de DPE… et « standard » sur d'autres. Or c'est la même chaudière pour tout le monde. Une chaudière à condensation récupère la chaleur des fumées : elle consomme moins, donc note mieux. Décrite « standard », elle est comptée comme moins performante — et le logement est pénalisé, souvent d'une classe entière.

C'est quoi, une chaudière à condensation ?

Une chaudière classique laisse partir la chaleur des fumées par le conduit. Une chaudière à condensation récupère cette chaleur pour chauffer l'eau — elle consomme donc moins pour le même confort. Depuis 2015, c'est la norme d'installation : une chaudière collective posée récemment est presque toujours à condensation.

Pourquoi cette différence sur le papier ? Le plus souvent parce que l'information n'était pas disponible le jour du diagnostic — le modèle exact d'une chaudière collective est l'une des données les plus difficiles à obtenir (syndic, chaufferie fermée…). Faute de preuve, la caractéristique est comptée au moins favorable.

4 Incohérence n°2 — l'eau chaude

Le bouclage de l'eau chaude, présent ici, absent là

Autre écart entre logements du même immeuble : le bouclage d'eau chaude sanitaire. Sur certains DPE il est renseigné, sur d'autres non — alors que le réseau d'eau chaude est, lui aussi, commun à l'immeuble. Selon qu'il est indiqué (et isolé) ou non, la consommation d'eau chaude comptée change, et la note avec.

C'est quoi, le bouclage ?

Dans un immeuble, l'eau chaude circule en boucle pour arriver chaude au robinet sans attendre. Si cette boucle est bien isolée, elle perd peu de chaleur ; mal isolée (ou non renseignée), elle est comptée comme une perte. Comme la chaudière, c'est un équipement partagé : il devrait être décrit de la même façon pour tous les logements.

5 Incohérence n°3 — l'année de construction

Une date qui varie… et l'isolation qui suit

D'un DPE à l'autre, l'année de construction de l'immeuble n'est pas la même. Ça peut sembler un détail, mais la méthode s'en sert pour estimer l'isolation par défaut quand l'information manque : plus la date retenue est ancienne, plus l'isolation est supposée mauvaise — et plus le logement est pénalisé. Un même immeuble ne peut pourtant avoir qu'une seule année de construction.

Pourquoi la date compte ?

Quand l'isolant réel d'un mur ou d'une toiture est inconnu, la méthode applique une valeur « par défaut » liée à l'époque de construction. Une date ancienne = isolation supposée faible = note tirée vers le bas. Retrouver la vraie année (permis de construire, acte…) suffit parfois à rendre une lettre.

6 Un signal plus discret — les murs

L'enveloppe : une majorité « bien isolée », une poignée « insuffisante »

Sur l'isolation des murs, la grande majorité des logements est décrite « bonne » ou « très bonne ». Mais une poignée est décrite « insuffisante » — et l'on retrouve là plusieurs des six logements sous-notés. Sur un immeuble récent où les murs sont une structure commune, cette divergence est un signal : souvent, elle traduit une donnée manquante comptée au pire, plus qu'une réalité physique différente d'un appartement à l'autre.

Ce signal est plus « doux » que les précédents (un propriétaire peut, dans certains cas, avoir isolé par l'intérieur) — mais additionné aux écarts de chaudière, de bouclage et de date, il pointe la même chose : de l'information manquante, comptée au plus défavorable.

7 Ce que ça change

Avec la bonne information, ils remontent

En remplaçant chaque donnée « au pire » par la donnée réelle et justifiée de l'immeuble, cinq logements gagnent une classe, et un en gagne deux — sans le moindre travaux.

D C ×5
E C ×1

Pour ces six propriétaires, c'est une valeur récupérée : un logement mieux classé se loue et se vend mieux, et sort parfois d'une interdiction de louer. Le premier réflexe est simple — rappeler son diagnostiqueur avec un justificatif (plaque de la chaudière, DPE collectif du syndic, année de construction) : il préférera toujours mettre le DPE à jour avec une donnée prouvée.

Méthode : analyse des DPE publics de l'adresse (open-data ADEME) via notre outil d'audit d'immeuble, puis recalcul au moteur réglementaire 3CL-2021 en remplaçant les données manquantes/incohérentes par la caractéristique réelle et partagée de l'immeuble (chaudière à condensation, bouclage isolé, année de construction unique). Hypothèses prudentes, jamais optimistes. Chiffres vérifiables par numéro de DPE.

8 Et le vôtre ?

Votre logement est peut-être dans le même cas

Cet immeuble n'a rien d'exceptionnel — des données « au pire » se cachent dans des milliers de DPE. Entrez votre adresse : en deux minutes, vous voyez si le vôtre est peut-être sous-noté, et la classe qu'il pourrait atteindre.

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